Magazine est un média indépendant, véhiculant des idées d'ouverture et d'analyse basées sur presque 30 ans d'expérience journalistique ...

Sept tendances inquiétantes dans la crise européenne des réfugiés

Les leaders européens pourraient bien vite regretter d’avoir enlevé la crise des réfugiés de la liste de leurs priorités.

Dans le cadre de sa dernière assemblée générale à l’ONU, le président Obama a tenu un sommet réunissant les différents dirigeants autour du thème des réfugiés.
Dans son discours, il a décrit la crise mondiale des réfugiés comme « l’un des défis majeurs de notre siècle ».

Mais la liste des engagements qui a émergé de ce sommet n’est pas à la hauteur de ce qui avait été promis.

La question des réfugiés n’a quasiment pas été abordée durant le Sommet européen de Bratislava qui s’est tenu plus tôt ce mois-ci, et tout le monde semble s’accorder à dire que l’Europe a fini d’essuyer la « tempête des réfugiés » qui paraissait si menaçante en 2015.

Réfugiés syriens / Photo : UNHCR

Il y a une part de vérité à cette affirmation – pour l’instant. Le nombre de traversées de la Méditerranée en direction de l’Union européenne (UE) les neuf premiers mois de 2016 est en effet en baisse : environ 300 000 contre 520 000 à la même époque l’an dernier. Mais malgré cela, de nombreuses tendances inquiétantes persistent et il serait imprudent de la part de l’Europe de les ignorer.

Des crises persistantes dans le voisinage

Les réfugiés venant de Syrie, Afghanistan, et Irak comptent toujours pour plus de 90% des arrivées en Grèce. Pendant que la Syrie est plongée dans une guerre totale, les conflits en Afghanistan et en Irak pourraient s’enflammer d’une minute à l’autre et conduire à une nouvelle vague de réfugiés.

Les deux autres grands pays émetteurs sont le Nigéria et l’Erythrée – tous deux meurtris par une longue guerre civile ainsi qu’une forte répression. Aucun de ces cinq pays ne s’est stabilisé depuis 2015, et pour aussi longtemps que l’UE sera entourée de crises, les leaders européens seraient mal avisés d’associer une baisse conjoncturelle des arrivées à un déclin durable des flux de réfugiés.

Des victimes en nombre croissant

Dans un rapport publié en septembre dernier, le Haut-Commissariat aux Réfugiés (UNHCR) a révélé que malgré une de baisse de 42% du nombre de traversées, le nombre de personnes mortes ou portées disparues (3211) n’est que 15% plus faible que le nombre de victimes pour l’ensemble de l’année de 2015 (3771).

Il semble que les mesures prises par l’UE pour détruire les bateaux des passeurs et de patrouiller le long des itinéraires prisés par les réfugiés aient eu un certain impact sur le nombre de traversées.

Mais ces mesures ont également eu pour conséquence accidentelle de pousser ceux qui continuent de prendre le risque de traverser la Méditerranée à emprunter des chemins plus périlleux à bord d’embarcation encore plus dangereuses et vétustes.

Ces inquiétudes montrent que les leaders européens pourraient bientôt regretter d’avoir enlevé la crise des réfugiés de la liste de leurs priorités.

Si le président du Conseil de l’UE Tusk avait raison dans ses remarques adressées aux leaders nationaux à Bratislava et que les problèmes qui devraient attirer l’attention des citoyens européens aujourd’hui sont la sécurité, la protection contre le terrorisme et la stabilité et la croissance de leurs économies, alors les interdépendances que la gestion des migrations entretient avec ces sujets devraient suffire pour convaincre les gouvernements de continuer à travailler sur la question.

Sommet de Bratislava / Photo : Commission Européenne

Mais ce n’est pas la seule chose qui doit les convaincre.

Pendant que les europhiles convaincus cherchent ce qui fait aujourd’hui l’unité de l’Union, et dans le but de développer une meilleure répartie face aux divisions qui ont émergées de part et d’autres de l’Europe, le projet européen n’a que peu d’espoir de survie si une réponse humaine de la part du continent le plus riche du monde à des gens fuyant la guerre, la terreur et le malheur n’est pas quelque-chose à laquelle on peut aspirer.

Leave A Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>