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La Bataille de Waterloo

La reconstitution de la bataille de Waterloo, pas seulement une bataille, mais la cassure d’un rêve européen.

Dans une Europe où le rayonnement de la France était devenu très important de par les idées qu’elle véhiculait, conforté par les événements survenus en 1789, qui démontraient qu’il était possible de s’affranchir d’un pouvoir despotique, une volonté et un espoir de liberté résonnaient comme un immense écho. Dès lors, d’autres monarchies ont pris conscience qu’elles n’étaient pas à l’abri d’un changement politique qui les mènerait à leur disparition. Il était donc impensable de laisser cette idée révolutionnaire se propager.
Cet héritage révolutionnaire, la diffusion des idées des Lumières et les guerres quasi incessantes de 1792 à 1815 ont bouleversé le continent européen politiquement et idéologiquement. Les peuples, souvent guidés par les élites intellectuelles, rêvaient de se libérer de l’Ancien Régime et de créer une nation unie en s’inspirant du modèle français. Ce sentiment national est exacerbé par l’occupation française dont la domination napoléonienne ne fait que renforcer, chez les peuples conquis, la conscience de leur identité. Ils rêvent de liberté, d’égalité et prônent déjà le principe du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » que le Président américain Wilson défendra dans le cadre de la Société des Nations de l’après-guerre 14-18.
Après l’échec de la campagne de Russie en 1812, Napoléon abdique le 6 avril 1814 et signe ainsi la chute de l’Empire que nul ne pensait provisoire. Réunis dès septembre 1814 au Congrès de Vienne pour procéder au redécoupage de l’Europe napoléonienne et contrer les courants, les monarques autrichien, russe, anglais et prussien veulent restaurer la « civilisation », c’est-à-dire effacer les nouveautés introduites en Europe par l’esprit de la Révolution française.
Le retour de l’Ile d’Elbe, le 1er mars 1815 et la campagne des Cent-Jours où s’affrontèrent les Alliés regroupant l’Angleterre, la Prusse, la Russie, l’Autriche, l’Espagne, l’Italie et les Pays-Bas face à Napoléon, conduisent à la reprise de l’offensive de ce dernier face à la coalition des alliés. C’est la campagne de Belgique qui le conduit à sa dernière bataille Waterloo.

Chronologie de la campagne de Belgique et de la bataille du 12 juin : départ de Napoléon de Paris.

14 juin :Napoléon a reformé son armée à une vitesse prodigieuse et 128 000 hommes sont massés à la frontière du royaume des Pays-Bas, dans la région de Beaumont.15 juin : passage de la Sambre. L’Empereur est à Charleroi.

16 juin :Deux batailles sont livrées : une partie de l’armée française, commandée par Napoléon en personne, bat les Prussiens sur le champ de bataille de Ligny (village situé à 15 km au nord-est de Charleroi) alors qu’une autre faction des forces impériales, sous les ordres du maréchal Ney, rencontre aux Quatre-Bras l’armée de Wellington, mais ne peut s’emparer du carrefour, malgré de nombreuses tentatives.

17 juin :Blücher a promis à son allié britannique de se replier sur Wavre. Le duc de Wellington décide alors d’accepter la bataille sur le plateau de Mont-Saint-Jean. Aussi, par une pluie battante qui succède à l’intolérable chaleur des jours précédents, les forces britanniques et hollando-belges se replient en bon ordre sur la position choisie.

Le 18 juin : la bataille de Waterloo. Après d’âpres combats, l’avantage tourna en faveur des forces alliées. En début de nuit, les Français refluent en déroute à la seule exception de deux carrés de la garde qui parviennent à protéger la fuite de l’Empereur. Wellington et Blücher se retrouvent et se serrent la main devant la Belle-Alliance. Leurs armées ont remporté la victoire. A la nuit tombante, le champ de bataille présente un spectacle d’apocalypse. Près de 12 000 tués, des milliers de blessés gémissent ou agonisent, les cadavres de milliers de chevaux jonchent le terrain où les pillards et les détrousseurs sont déjà apparus. Les derniers blessés ne seront secourus que trois jours plus tard.

Waterloo au lendemain de la bataille

Pour Napoléon comme pour Wellington, il s’agit de leur dernière bataille. Elle mène l’un à la déchéance et à l’exil et l’autre à la gloire. Elle marque pour les deux hommes le début de leur mythe. Après son éclatante victoire, Wellington est accueilli en héros national à son retour de Waterloo. Il est acclamé dans la rue pendant ses années de vieillesse, bien que sa popularité subisse des chutes occasionnelles auprès du public. De 1815 à 1818, commandant en chef des troupes d’occupation en France, il fait de celle-ci une alliée de l’Angleterre. En 1830, premier ministre, il réunit à Londres la conférence des puissances européennes qui permit l’indépendance de la Belgique. Sa mort, le 14 septembre 1852, à l’âge de 83 ans, donne lieu à des funérailles nationales grandioses. Il est inhumé en grand apparat à la cathédrale Saint-Paul à Londres.
Napoléon, empereur déchu, est exilé sur l’île de Sainte-Hélène à 7 000 km de la France. Il fait rédiger en captivité la justification, a posteriori, de sa politique et de ses campagnes. Le « Mémorial de Sainte- Hélène », publié seulement après son décès, le montre comme un homme foncièrement libéral et démocrate.
À la même époque, en France, une « légende noire » napoléonienne se développe dans les milieux royalistes, aussi caricaturale et outran cière que celle qui courait à l’étranger avant la chute du «bourreau». D’ardents écrivains comme Mme de Staël, Chateaubriand ou Vigny, dépeignent le prisonnier de Sainte-Hélène sous les traits d’un « ogre », d’un « Attila » ou d’un « Néron ».
Très peu de temps après la bataille, le site et le nom de Waterloo lui-même vont devenir des mythes. Waterloo marque, en effet, un tournant dans l’histoire européenne et est, en tant que tel, un lieu de mémoire.
Les différents partis politiques de Belgique et d’Europe vont très vite s’emparer du site et utiliser sa symbolique à leurs fins. Patriotes et indépendantistes belges du « parti français », révisionnistes et bonapartistes nostalgiques déçus par la Restauration de Louis XVIII, considèrent Waterloo comme une blessure et comme le naufrage de leurs idéaux. Ils font de Waterloo un lieu de deuil et vont se recueillir à la mémoire des soldats sacrifiés. A l’opposé, les vainqueurs, principalement britanniques et hollandais, font du site un symbole de la solidarité européenne et de la victoire de la monarchie. Mais surtout, la violence sans précédent de la bataille a tellement frappé les esprits que les curieux affluent dès 1815. Le nombre de corps jetés, pêle-mêle, dans des fosses communes, donne à Waterloo sa dimension sacrée.
Des pèlerinages dédiés aux héros de Waterloo sont organisés, des cérémonies commémoratives ont lieu chaque 18 juin, des régiments entiers font installer des plaques commémoratives, les nations lèvent des fonds pour élever des monuments, d’anciens soldats s’instituent guides touristiques. On visite aussi les quartiers généraux, la ferme du Caillou pour Napoléon et l’auberge Bodenghien pour les alliés. La création d’une ligne de chemins de fer vicinaux desservant Wavre et Braine l’Alleud favorise la visite du Champ de bataille. Peu à peu, le lieu de dévotion devient site touristique et un peu partout apparaissent des tavernes, des hôtels et maisons de plaisance.
En glissant dans la mémoire collective, Waterloo court le risque d’être la victime de sa célébrité et d’être défiguré par cet excès de popularité. Très vite, il faut interdire l’accès du site, piétiné par l’afflux des curieux. En 1914, une loi est promulguée en faveur de sa préservation. Sur 500 hectares, il sera désormais impossible d’édifier des bâtiments ou de planter des arbres. C’est sans précédent en matière de classement de champ de bataille. Waterloo vient d’entrer dans le patrimoine européen.
Aujourd’hui, deux siècles après cette tragédie qui changea considérablement l’Europe des Lumières, des milliers de volontaires passionnés refont traditionnellement revivre cette bataille, au bruit des charges de cavalerie, de l’odeur de poudre des fusils et du tonnerre des pièces d’artillerie.
Les forces en présence dans la campagne de Belgique
La Grande Armée: 125 000 hommes. L’armée est composée de conscrits, tous étant d’excellents éléments, soldats aguerris, rescapés de l’Empire ou de la Guerre d’Espagne…
Les Alliés: 210 000 hommes
Une armée britannique composée de soldats britanniques pour moitié et de mercenaires allemands, formés à une discipline de fer. Ils sont réputés pour leur fermeté en défense.
Une armée néerlandaise faisant partie intégrante de l’armée de Wellington et commandée par le Prince d’Orange-Nassau.
Une armée prussienne extrêmement motivée et poussée par le sentiment naissant du nationalisme allemand et par un esprit de vengeance envers la France. Elle est peu expérimentée et peu endurante, mais compte un grand nombre d’hommes.

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